Comment la digitalisation améliore la pratique de la gestion des données cliniques

Juil 22, 2026 | Ingénierie & innovation

Contexte

Les essais cliniques produisent une quantité massive de données. Dans la plupart des cas, le défi réside moins dans le volume de données à traiter que dans sa diversité. Les sources de données sont en effet nombreuses et ne cessent d’augmenter. On pense d’abord aux données collectées via des formulaires que les médecins doivent remplir après chaque visite de patient sur un site, via un système de saisie électronique de données (EDC – Electronic Data Capture), ou aux compte-rendus produits par les laboratoires. Mais de nos jours, les essais cliniques deviennent de plus en plus centrés sur le patient, et les résultats rapportés par les patients (ePRO – electronic Patient Reported Outcomes) sont collectés via des formulaires web ou des applications mobiles. De plus, la quantité de données d’imagerie (scanner, IRM, biopsie…) augmente également ; et le développement de dispositifs connectés non invasifs collectant des signaux (fréquence cardiaque, taux d’oxygène dans le sang…) accroît encore le besoin de systèmes adéquats de stockage et de manipulation des données.

Par ailleurs, avec la diversité des données vient une quantité accrue de métadonnées, c’est-à-dire les « données sur les données », qui doivent être correctement stockées et gérées. Même si de nombreuses organisations poussent à la standardisation, celle-ci est loin d’être la norme actuellement, et les gestionnaires de données doivent souvent regrouper et mapper les données vers un format commun pour rendre l’analyse possible.

Ces évolutions mettent de plus en plus de pression sur les épaules des gestionnaires de données cliniques (clinical data managers), les orfèvres de la donnée clinique, qui doivent identifier et configurer les technologies appropriées pour rendre les données cliniques prêtes à être soumises aux autorités réglementaires et disponibles dans le bon format pour les biostatisticiens, les médecins et les autres chercheurs. De plus, l’ensemble des données générées lors d’un essai clinique, le dossier maître de l’essai (Trial Master File – TMF), doit être correctement stocké, organisé et rendu accessible. Cela est indispensable pour des raisons réglementaires, mais aussi pour permettre des analyses transversales entre études ou pour optimiser les opérations d’essais cliniques.

Des services plus intégrés dans les plateformes d’essais cliniques

Les gestionnaires de données cliniques passent une grande partie de leur temps à transférer des données d’une application à une autre. Ces transferts de données augmentent aujourd’hui, car un portefeuille de services de plus en plus diversifié est nécessaire pour mener à bien un essai clinique. Cependant, ces transferts de données sont souvent manuels, chronophages et sujets aux erreurs. Il n’est en effet pas rare qu’un gestionnaire de données cliniques, pour effectuer des transformations de données, doive : se connecter à un système EDC déployé sur un cloud A ; extraire des données d’étude en interrogeant une base de données ou en exportant des fichiers plats ; puis se connecter à un autre serveur sur un cloud B pour utiliser des paquets SAS ou R paramétrés par des fichiers Excel. C’est bien trop complexe ! Les capacités de transformation des données devraient être directement intégrées dans l’EDC. De plus, les transferts manuels de données empêchent tout traitement en temps quasi réel, pourtant indispensable, par exemple pour le suivi de la pharmacovigilance.

Pour automatiser ou éliminer ces transferts manuels, de nombreux éditeurs combinent différentes applications au sein d’une plateforme intégrée, où les différents services sont interconnectés et peuvent fonctionner de manière fluide. Le nombre et le niveau de maturité des services intégrés varient d’un éditeur à l’autre, mais ces plateformes connaissent actuellement un fort développement. Certains éditeurs offrent une couverture complète des services d’essais cliniques : intégration d’un système de gestion des essais cliniques (CTMS), d’un système EDC, d’un eTMF et de capacités d’analyse avancées ; tandis que d’autres sont partis d’un simple système EDC pour l’enrichir de fonctionnalités de mappage CDISC-SDTM ou de systèmes de reporting pour la pharmacovigilance. De plus, avec l’essor des données provenant des laboratoires et des dispositifs connectés, des outils spécifiques d’ingestion et de transformation des données sont également intégrés.

Integrated Cloud Platform

  • Mobile App
  • EDC & ePRO
  • LIMS & Lab data integration
  • eTMF
  • CDISC-SDTM standardization
  • Pharmacovigilance reporting
En offrant un point d’accès unique à une myriade de services, ces plateformes intégrées réduisent les transferts de données fastidieux et manuels entre applications, libérant ainsi du temps pour les gestionnaires de données cliniques, qui peut ensuite être réinvesti dans des tâches à plus forte valeur ajoutée.

Répertoire de métadonnées cliniques (CMDR – Clinical MetaData Repository)

Les métadonnées revêtent une importance capitale lorsqu’il s’agit de faire interopérer des technologies et de promouvoir la réutilisation du code. Elles sont particulièrement importantes pour les gestionnaires de données qui doivent concevoir le flux de transformation des données, depuis la saisie par le système EDC jusqu’au format CDISC-SDTM requis pour la soumission aux autorités. Ce flux se compose de deux tâches principales : la configuration du système EDC basée sur le protocole d’étude ; et la création des formats de sortie appropriés (CDISC-SDTM, CDISC-ADaM pour l’analyse statistique, formats pour outils de reporting). Cette dernière tâche, souvent appelée « mappage de données », est particulièrement fastidieuse et chronophage. Elle consiste souvent à écrire du code en SAS ou d’autres technologies de manipulation de données.

Une solution consiste à promouvoir la standardisation, qui permet de réutiliser les paramètres de configuration et les codes, réduisant ainsi la charge de travail liée aux tests de nouveaux codes implémentés. Cependant, la réutilisation de la configuration d’essais cliniques antérieurs peut ne pas être aussi simple qu’il n’y paraît. En effet, le copier-coller depuis la conception de projets passés est un processus sujet aux erreurs lorsque les métadonnées sont dispersées dans plusieurs fichiers de paramètres. Dans les faits, un gestionnaire de données peut même ne pas savoir où trouver l’information pertinente sur un essai antérieur.

Un répertoire de métadonnées cliniques (CMDR) est une plateforme logicielle capable de stocker, mettre à jour et modifier les métadonnées d’essais cliniques :

  1. Paramètres de configuration des systèmes EDC, tels que les informations sur les visites, formulaires et questions (norme CDISC-ODM) ;
  2. Les différentes versions de la norme CDISC-SDTM ou vos propres normes internes ;
  3. La configuration du mappage de données.

Il permet également l’importation et l’exportation automatiques de métadonnées à partir de systèmes EDC compatibles.

Clinical Metadata Repository (CDMR)

  • Metadata from current & past trials
  • Own data standards
  • CDISC-SDTM specifications

Utilisateurs & Systèmes connectés :

  • Clinical Data Manager (en interaction avec le CDMR)
  • Electronic Data Capture (EDC) (en échange bidirectionnel de données avec le CDMR)
En centralisant l’ensemble de ces normes et en donnant accès aux métadonnées des études passées, les CMDR facilitent la réutilisation des configurations d’études antérieures. En effet, un gestionnaire de données cliniques peut facilement rechercher des métadonnées d’études similaires, les copier, les modifier, les compléter et demander une validation sans quitter la plateforme CMDR. Certaines plateformes CMDR permettent même la visualisation des formulaires et des questions, de sorte que la conception de l’étude peut être réalisée sans ouvrir le système EDC. De plus, les métadonnées des études passées ayant déjà été validées, les plateformes CMDR réduisent également la charge de travail liée aux tests.

Enfin, en offrant une source unique de vérité au sein de l’organisation, les CMDR permettent une collaboration fluide entre les équipes et les pays. Comme la plupart des logiciels dans ce domaine, ils offrent également un contrôle de la traçabilité (qui a modifié quoi et quand), un contrôle des accès et un contrôle des versions de documents.

Exploiter les techniques de NLP pour promouvoir l’automatisation

Les techniques de traitement automatique du langage naturel (NLP – Natural Language Processing) deviennent de plus en plus puissantes pour extraire des informations pertinentes à partir de données textuelles. En particulier, ces techniques sont capables de prédire une mesure de similarité entre deux descriptions textuelles différentes, afin de déterminer si elles décrivent le même concept, objet ou entité. Elles peuvent être utilisées pour assister les gestionnaires de données cliniques lorsqu’ils mappent les données de leur système source (sorties EDC, données de laboratoire) vers le format CDISC-SDTM. Des métadonnées sont d’abord extraites des données sources et des spécifications SDTM, puis, pour chaque champ de la donnée source, un modèle NLP calcule un score de similarité avec les champs des normes SDTM, et recommande les champs similaires au gestionnaire de données. Même si cette approche nécessite toujours une validation finale de la part du gestionnaire de données, elle peut réduire considérablement le temps nécessaire pour accomplir ces tâches de mappage fastidieuses.
  • EDC & Lab Data et CDISC-SDTM specifications
    • Metadata extraction (Field name, data type, stats, main modalities, field description)
      • NLP model
        • Similarity level between source & target SDTM fields
          • Recommendation
Une deuxième application des techniques de NLP est la classification de documents. Ici, le type de document est automatiquement déduit de son contenu. Cela est utile pour classer la myriade de documents générés lors d’un essai clinique dans leur dossier correspondant au sein du TMF, garantissant ainsi sa qualité. Cela peut être particulièrement intéressant pour ingérer d’anciennes données d’essais cliniques stockées sous format papier, après les étapes de numérisation et de reconnaissance optique de caractères (OCR).

Une troisième technique de NLP est la reconnaissance d’entités nommées (NER – Named-Entity Recognition). L’idée ici est de reconnaître/localiser des entités nommées (mot ou groupe de mots) et de les classer dans des catégories (nom, adresse, informations personnelles du patient, médicament, posologie, unités, critères d’éligibilité…). Les techniques de NER intègrent des taxonomies ou ontologies spécifiques au domaine et peuvent être utilisées pour extraire automatiquement des informations à partir des protocoles d’étude. Cette technologie, couplée à la promotion de modèles de protocoles et à la standardisation, peut ouvrir la voie à la configuration automatique de l’EDC directement à partir du protocole d’étude.

Ces techniques de NLP reposent principalement sur des modèles d’apprentissage automatique (machine learning) spécifiquement conçus pour le traitement de texte. Comme pour tout modèle, ses performances dépendent de la qualité et de la quantité de données utilisées pour l’entraîner. Pour commencer, vous ne disposerez peut-être pas d’assez de données pour entraîner un modèle performant adapté à votre contexte, mais un modèle correctement intégré dans une plateforme logicielle peut être réentraîné chaque fois qu’un utilisateur corrige une prédiction, améliorant ainsi sa capacité prédictive au fur et à mesure.

Même si le bénéfice réel de ces modèles doit être évalué avec soin, ils sont très prometteurs pour soutenir et automatiser les tâches de gestion des données cliniques.

Comment tirer parti de ces avancées technologiques ?

Pour adopter pleinement ces tendances technologiques, il est crucial d’analyser les processus actuels et le socle technologique en place dans votre organisation, en parallèle de vos besoins actuels et futurs. Vous pourrez ensuite déterminer la meilleure voie à suivre : qu’il s’agisse d’identifier les éditeurs appropriés pour compléter votre socle technologique existant, ou de développer des preuves de concept (Proof of Concept – PoC) pour évaluer la faisabilité et les impacts potentiels de ces technologies.

En s’appuyant sur son expérience et ses capacités en tant que CRO et entreprise de transformation numérique, Keyrus peut vous aider à identifier vos besoins et contraintes, et vous accompagner dans l’élaboration d’un plan d’action lors d’une étude de cadrage. Avec une équipe diversifiée de gestionnaires de données cliniques, d’architectes de données, de data scientists et de chefs de projets cliniques, nous pouvons vous accompagner pleinement dans votre transition technologique.

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